Quand les Cigales chantent l'épargne solidaire

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Si à l'évocation d'une cigale vous pensez dépenses, ces cigales là, vont vous faire déchanter ! Car c'est plutôt un travail de fourmi qu'elles produisent quand vient l'heure de collecter et d'amasser des fonds. L'idée ? Qu'un groupe de particuliers épargne de petites sommes chaque mois pour investir ensemble dans un projet économique local.
Entretiens à 2 voix avec Antoine Ancelet, gérant des Cigales du Grésivaudan et Daniel Faudry, gérant des Cigales des Petites Roches.
Commençons, par le début, qu'est-ce qu'une Cigales ?
Antoine Ancelet. Une CIGALES est un Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire. Un nom bien plus évocateur et moins trompeur que son acronyme, en fait ! Il s'agit donc d'un collectif de 5 à 20 personnes maximum épargnant solidairement pour investir dans des projets situés sur leur territoire, à la recherche de financement pour se construire et/ou se développer.
Daniel Faudry. Les CIGALES suivent des régles de fonctionnements établies selon une charte nationale. Les Cigaliers (membres de la Cigales) s'engagent à épargner (entre 8 et 450 euros/mois selon la loi, en fait 28 euros en moyenne) pour soutenir un ou plusieurs projets de proximité. Les montants investis ne sont généralement pas très hauts mais ils peuvent être décisifs par effet de levier.
 
Quels sont les « plus » d'un projet pour bénéficier de l'appui d'une Cigales ?
AA. Les fonds de la Cigales peuvent être disponibles sous forme de prêts ou d'apports en fonds propres (à hauteur de 20 % maximum de son capital de départ) pour permettre à une structure de se lancer ou de se développer. La Cigales est un coup de pouce financier qui vient en complément des outils financiers d'une plateforme d'initiative locale ou d'une banque. Et elle peut intervenir à tout moment de la vie de l'entreprise et peut se présenter comme un moyen de renforcer son capital pour une levée de fonds ou l'accès à un crédit bancaire. Les parts de capital souscrites par le club doivent être détenues pendant cinq ans au moins (pour que les cigalier(e)s puissent avoir droit au crédit d’impôt attaché à l’investissement dans une PME). Les conditions de la sortie font l’objet d’une convention librement négociée entre le club et l’entreprise « cigalée ».
DF. Je dirai qu'en plus de l'aspect financier, l'appui d'une Cigales revêt un caractère plus accessible et peut-être moins effrayant que celui du secteur bancaire. C'est une rencontre et une relation qui se tissent entre des particuliers intéressés et un projet local. L'appui du groupe se porte aussi sur les aspects non strictement financiers, sans se substituer à l’entrepreneur et à sa responsabilité.
 
Pourquoi la création d'une Cigales sur vos territoires respectifs ?
DF. Le plateau des Petites Roches est un tout petit territoire, où tout le monde se connaît ou presque. Je pense que bon nombre des personnes qui ont fait le choix de vivre dans l'une des trois communes (St Hilaire du Touvet, St Pancrasse, St Bernard du Touvet) se rejoignent sur des valeurs de solidarité, de partage et de protection de l'environnement. C'est grâce à ce terreau très favorable que nous avons constitué il y a un an et demi, notre petit groupe, à partir de l'envie d'agir pour créer de l’activité sur le Plateau.
AA. En ce qui concerne le Grésivaudan, plus vaste géographiquement, il pourrait y avoir un potentiel de 8 à 9 Cigales actuellement. Nous sommes donc les premiers à nous lancer ! Au départ nous étions un petit groupe de 4-5 personnes, les membres fondateurs disons, souhaitant créer un collectif d'épargne solidaire. Le but était et, est toujours, de se réapproprier l’économie, de redevenir avec nos petits moyens, acteurs de notre société économique. Un an après le dépôt des statuts auprès de la fédération nationale, nous sommes 15 cigaliers et pouvons en accueillir encore 5 autres ! A bon entendeur!
 
Au premier plan à gauche, Daniel Faudry et Antoine Ancelet, novembre 2013
 
Justement à quels engagements sont tenus les cigaliers ?
AA. Lorsque l'on entre dans une Cigales, on s'engage à épargner mensuellement sur la durée de vie du club, soit 5 ans. Plus que l'investissement financier, c'est l'intérêt qui compte ; les cigaliers entrent dans le Club parce qu'ils ont envie de faire vivre leur territoire d'une autre façon mais également de se positionner au cœur de l'économie locale. En soutenant un projet, on apprend à mieux comprendre les rouages économiques d'une structure, c'est en sorte de l'auto-éducation populaire !
DF. Nos cigaliers sont des personnes sensibilisées et confrontées aux problématiques locales. Qu'ils soient informaticiens, enseignants dans la vallée, ou bien retraités comme moi, nous sommes avant tout des habitants concernés par notre lieu de vie. Nos moyens financiers ne sont aujourd'hui pas énormes, mais l'envie elle, est grande !
 
A plus d'un an de création de votre Cigales, où en êtes-vous ?
AA. Nous avons aujourd'hui une réserve de 2000 euros disponibles et nous sommes à la recherche du premier projet à financer. Nous avons des pistes à l'étude et l'objectif serait de commencer à financer au printemps 2014. Que ce soit pour contribuer à un projet en construction ou bien investir pour soutenir le développement d'une entreprise, tout secteur d'activité confondu.
DF. Nous sommes également à la recherche de projets à financer, dans des secteurs propres à notre territoire : énergies renouvelables, activités forestières, photovoltaïque.. Nous prenons le temps de regarder, rien ne nous presse. La mayonnaise entre nos cigaliers a vite et bien pris et nous savons vers quel type de projet aller. Pas d'urgence donc !
 
Mais alors, votre Cigales pourrait-elle investir sur des projets non ESS ?
DF. Le projet sur lequel va investir la Cigale doit avoir avant tout un intérêt social et/ou environnemental. C'est le caractère socialement utile qui va être retenu, pas sa profitabilité. En conséquences, les projets retenus relèvent en fait de l’ESS, dans la plupart des cas.
AA. Pas forcément. Nous cherchons avant tout un projet qui va apporter un réel développement local ; s'il entre dans le champ de l'ESS, c'est un plus, mais nous ne le considérons pas comme un critère de sélection. En ce sens, notre posture est avant-gardiste, par rapport à la loi sur l'ESS qui s'apprête à être votée.
 
Quels sont vos objectifs, vos souhaits pour 2014 ?
AA. Financer le premier projet ! Et continuer à donner du sens à chacun des cigaliers en étant acteurs citoyens de l'économie.
DF. Financer également un premier projet mais aussi travailler les synergies avec les autres structures d'initiatives locales, la CCI, la Chambre des Métiers... Sans oublier de travailler avec les autres Cigales, en créant possiblement une association régionale, ou départementale. A suivre !
 
Les infos en + :
- 200 Cigales en France
- 15 Cigales en Rhône-Alpes
- 4 Cigales en Isère :
   - Cigales du Grésivaudan
   - Cigales des Petites Roches
   - Cigales du Trièves
   - Cigales du Parc Mistral
http://www.cigales.asso.fr/
 
Contacts
  • Cigales du Grésivaudan : Antoine Ancelet
 
  • Cigales des Petites Roches : Daniel Faudry
 
 
Reportage réalisé par la Scop La Péniche

A propos de l'auteur

Scop La Péniche

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