Travail et bien-être : l'expérience "Travail au sens propre"

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Nous avons rencontré Mathieu Sylvestre, cofondateur avec Gaëlle Vandeputte du Travail au sens propre, un atelier de réflexion qui questionne notre relation au travail. Nous lui avons posé quelques questions.

Comment vous est venue cette idée de « Travail au sens propre » ?

Je pense qu’il y a eu un premier déclic quand on travaillait tous les deux dans l’associatif à Lyon, moi pour l’AFEV et Gaëlle pour I boycott, une plateforme participative en ligne. Ça nous passionnait vraiment mais c’était devenu un engagement excessif. On se rendait compte qu’on faisait des heures supplémentaires et que ça débordait sur le personnel. On avait beaucoup d’autres projets qui nous prenaient du temps et on se disait : comment créer un job qui allie nos passions, nos valeurs, en respectant notre rythme de vie, et nous laisse aussi du temps pour nos activités personnelles ? De plus on voyait dans l’actualité et dans notre entourage qu’il y avait énormément de burn-out et de bore-out. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire et qu’il fallait prendre le temps. D’où l’idée d’un voyage au Danemark.

 

Pourquoi le Danemark ? La conception du travail est-elle différente ?

La notion de bonheur au travail y est très marquée. De bonheur tout court. D’après de nombreuses études, le Danemark est le deuxième pays le plus heureux du monde après le Bhoutan et on voulait comprendre pourquoi. Au début, on n’avait songé qu’au Danemark mais la comparaison France-Danemark était quelque peu vicieuse : ici tout est nul , là-bas tout est bien. Surtout que le Danemark en terme de population est aussi peuplé que la région Auvergne-Rhône Alpes donc c’est plus facile à manœuvrer. On a voulu créer un tampon entre les deux et l’Allemagne était parfaite pour cela dans le sens où démographiquement, politiquement et économiquement, elle est peu près similaire à la France.

 

Concrètement « le Travail au sens propre », comment ça fonctionne ? C’est une réflexion sur le travail ?

Notre projet s’est monté au fur et à mesure. J’ai quitté mon travail en décembre 2018 et Gaëlle en février 2019. On s’est mis à temps plein sur le projet mais bénévolement. C’est un sujet qui nous passionne, c’est pourquoi on est dans une notion de partage avec des ateliers, des conférences, une quarantaine de vidéos et la réalisation d’un livre. Ce qu’on propose pour l’instant c’est une conférence portant sur les résultats presque bruts du reportage. On amène huit thématiques, huit clés qu’on a un peu synthétisées grâce aux personnes qu’on a rencontrées. On y retrouve la finalité de l’entreprise, le rapport à l’argent, le rapport au temps, la connaissance de soi, le rapport au temps, le rapport au groupe. Ce qu’on veut maintenant, c’est proposer ces clés là aux gens pour qu’ils se posent les questions eux-mêmes.

 

N’est-ce pas un peu utopique de bien vouloir concilier bien - être et travail ? Beaucoup de gens font un travail qui ne correspond ni à leurs passions, ni à leurs valeurs.

On va dire que dans notre utopie, tout le monde vit de sa passion, peut-être pas sa passion mais là où il se sent le mieux. Il n’y a pas de job parfait mais l’idéal serait vraiment d’allier le coté valeurs, le coté combat, le coté compétences, dans quoi je suis bon, dans quoi je veux aller et ce que j’aime. Ça c’est super intéressant et il y a une méthode qu’on a découverte qui s’appelle « Ikigai ».

 

L’Ikigai ?

C’est un outil qui vient du Japon, de l’île Okinawa. C’est un état d’esprit, le carrefour entre quatre thématiques : la première, ce que j’ai envie de faire, ce qui m’anime ; la deuxième c’est ce en quoi je suis bon, mes compétences ; la troisième est plus portée sur ce dont le monde a besoin ; et la quatrième c’est en quoi les autres seraient prêts à me rémunérer ? Au milieu de ces quatre thématiques, il y aurait du coup la clé du bonheur, l’activité ou le projet qui mettrait un équilibre entre tout ça.

 

Quand vous parlez de bien être au travail, est-ce que vous montrez les limites d’un modèle ?

Oui, il y a ça aussi, par exemple avoir une bonne paye et rester dans son petit train-train, alors que ça nous plaît pas forcément. Nous, on n’a pas d’avis sur ça, ou alors on a un avis mais on n’a pas à juger. En revanche, il faut penser à requestionner ça. Notamment le rapport au temps : tu vas moins passer de temps avec ta famille ou moins de temps à faire les choses que tu aimes. Est-ce que tu as besoin de tout cet argent que tu essayes de gagner, est-ce que tu ne pourrais pas dépenser moins ? On est persuadé que si on se pose ces questions, on revient à une sobriété économique, du coup écologique en accord avec les enjeux actuels.

 

En quoi êtes-vous innovant en proposant ce genre de projet ? Énormément de gens proposent aussi du développement personnel, des formations de bien être au travail, en quoi ça change quelque chose par rapport aux autres formations ?

Pour être tout à fait à fait honnête, je n’aime pas ce mot innovant. Pourquoi créer du nouveau alors qu’il y a des choses très bien qui ont été faites qu’il faut juste développer ? Pour répondre à ta question, je pense pas qu’on soit innovant, c’est juste qu’on est jeune et avec notre naïveté, on amène des questions… Je pense que cette naïveté, c’est quand même une force. On a rencontré pas mal de gens, il y a deux collectifs qui se sont montés à Grenoble qui repensent le sens du travail et on s’est mis en contact avec eux. Il y a une association à Chambéry qu’on nous a proposé d’aller voir parce que il y a la même dynamique. Je ne pense pas qu’on soit innovant. Les gens posent la question mais tout ce qu’on aimerait faire, c’est créer une dynamique globale.

 

La notion du travail est vaste. Par exemple, est-ce que quelqu’un qui tient un blog, travaille ?

La première interview qu’on a donnée, c’était à Lyon quand on a rencontré Lilian Robin, fondateur de la Coopérative d’inactivité. Ça porte bien son nom parce que lui et d’autres collègues se battent pour inscrire dans le Code du travail une loi qui permette à chacun de demander et d’obtenir un temps partiel. Il milite pour qu’on soit libre de notre temps, temps libéré et temps de travail. Dans les crises qu’il y a, une transition doit être faite et pour moi la transition doit être politique, économique, sociale et écologique. Pour ça l’outil principal, ça pourrait être le travail parce qu’il est fondateur de l’activité humaine.

 

Vous intervenez autour des valeurs de votre projet, est-ce qu’ il y a des gens qui vous demandent quelquefois : « est ce que ça fait partie de l’ESS ? »

Personnellement pour moi, l’ESS c’est quelque chose qui m’anime beaucoup, j’ai eu beaucoup d’expérience dedans, j’ai assisté à beaucoup de conférences. Après l’ESS, ça dépend ce que tu appelles ESS. Si le Crédit Agricole appartient à l’ESS… Théoriquement il appartient avec la loi Hamon de 2014 mais pour moi l’ESS, c’est allier le fond et la forme. Est-ce que c’est une Économie Sociale comme dans les années 1900 basée sur une nouvelle forme de coopération, comme l’Économie Solidaire arrivée un peu par la suite dans les années 2000 qui est vraiment le coté fond du projet ? Voilà, est ce que nous on fait partie de l’ESS ? On s’est jamais posé la question. Parce que je pense que c’est quelque chose d’alternatif. Ça veut dire qu’on propose une réflexion alternative au système en place qui est celui du capitalisme.

 

Jean-Benoit Daille pour Alpes Solidaires 

A propos de l'auteur

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